← Toutes nos histoiresActualités CulturellesCarnets de vertiges : la poésie comme acte de résistance
Durand Biyong·24 août 2026·3 min de lecture

Et si la poésie n’était pas une échappatoire, mais une arme de transformation massive ?
C’est le credo de Marc Alexandre Oho Bambe, écrivain et slameur camerounais, qui publie « Carnets de vertiges ». Dans cet ouvrage percutant, il défend une poésie ancrée dans les combats du monde, capable de transfigurer le réel et de porter un message de résistance et d’espérance. Il en a parlé lors d’un entretien exclusif dans l’émission Culture de Christian Eboulé.
Il y a des livres qu’on lit, et des livres qui vous lisent en retour. Carnets de vertiges, le nouveau recueil de Marc Alexandre Oho Bambe, appartient à cette seconde catégorie. Entre les lignes de cette poésie charnelle et engagée, ce n’est pas seulement l’âme d’un artiste qui s’exprime, mais le pouls même d’une génération en quête de sens dans un monde en crise.
Poète, slameur et romancier, Oho Bambe est une figure incontournable de la scène littéraire francophone. Lauréat du Prix Louis-Guilloux en 2013 pour son roman Diên Biên Phù. Pour lui, le poète est un « guerrier de la lumière », celui qui, les mots à la main, entre dans la mêlée du siècle pour en révéler les failles et les beautés têtues.
Une poésie contre l’indifférence et le vertige contemporain
Carnets de vertiges est né d’une nécessité intérieure face au « vertige » du temps présent. « Nous vivons une époque de ruptures, de violences et d’effondrements annoncés », explique Oho Bambe dans l’émission de Christian Eboulé. « Le vertige, c’est cette sensation de perdre pied, d’être aspiré par le chaos. La poésie, elle, est ce qui nous ancre. Elle nomme ce vertige pour mieux nous donner des prises. »
Son écriture, héritière de la tradition des grands poètes engagés comme Aimé Césaire ou Léon-Gontran Damas, ne décrit pas le monde pour s’en extraire. Elle le confronte. Elle parle des migrants en Méditerranée, des injustices sociales, de la dévastation écologique, mais aussi de l’amour têtu et de la fraternité comme dernier rempart. Chaque poème est une petite machine à résister contre l’indifférence et l’oubli.
De la scène slam à la page : une parole incarnée et populaire
Ce qui frappe chez Oho Bambe, c’est la continuité entre l’homme de scène et l’homme de lettres. Issu du slam, cette poésie orale et performative, il a conservé la puissance rythmique, l’urgence et le souci du partage direct avec le public. Ses textes sont faits pour être dits, criés, chuchotés. Ils portent en eux la mémoire du corps et de la voix.
Cette dimension orale et accessible est une clé de son message. « La poésie ne doit pas être un sanctuaire réservé à une élite », affirme-t-il. « Elle est un bien commun, une langue que tout le monde peut s’approprier pour dire sa colère, son espoir, sa vérité. » En cela, son travail participe d’un mouvement plus large qui voit la poésie revenir dans l’espace public, des scènes ouvertes aux réseaux sociaux, comme un outil vital de dialogue et de critique.
Pourquoi « Carnets de vertiges » résonne particulièrement aujourd’hui
La sortie de ce recueil intervient à un moment de bascule. Entre les crises géopolitiques, les interrogations sur nos modèles de société et la quête de nouvelles narratives, le public semble en attente de paroles fortes et authentiques.
Carnets de vertiges répond à cette attente en offrant une poésie du lien et du courage. Elle ne propose pas de solutions toutes faites, mais elle donne une langue à nos inquiétudes et à nos aspirations. Elle rappelle que face aux grands vertiges collectifs, la réponse ne peut être seulement technique ou politique ; elle doit être aussi poétique et spirituelle, au sens le plus large du terme.
Le travail de Marc Alexandre Oho Bambe est plus qu’une contribution littéraire. C’est un manifeste pour une poésie vivante, utile et insurgée. Une invitation à ne pas baisser les bras, à croire que les mots, lorsqu’ils sont justes et portés par le souffle d’une conviction, peuvent encore changer le cours des choses – ou du moins, changer les cœurs pour préparer les grands changements.
Et vous, pensez-vous que l’art et la poésie ont encore le pouvoir de transformer le monde réel ? Partagez vos réflexions en commentaire.