← Toutes nos histoiresActualités CulturellesSauce jaune : et si l’UNESCO validait le passeport mondial du taro ?
Durand Biyong·25 août 2026·3 min de lecture

Le taro à la sauce jaune, ce délice orangé qui fait saliver tout le Cameroun, est sur le point de devenir une star planétaire. Le gouvernement a officiellement lancé le processus pour faire inscrire l'Achu au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Une reconnaissance qui dépasse la simple fierté culinaire : c'est tout un pan de l'histoire et de l'identité du peuple Bafut qui pourrait entrer dans le club très fermé des traditions préservées pour l'éternité.
L'info a fait l'effet d'une bombe dans les cercles gastronomiques : le Cameroun prépare sérieusement le dossier de candidature de l'Achu pour une inscription sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.
Le ministre des Arts et de la Culture, Bidoung Mkpatt, a installé un Comité local de rédaction à Yaoundé pour peaufiner le dossier. Objectif ? Une soumission officielle en vue d'un examen par le comité international.
Derrière cette démarche administrative se cache une ambition beaucoup plus large : faire reconnaître la richesse du patrimoine culinaire camerounais sur la scène mondiale. L'Achu n'est pas seulement un plat, c'est un symbole d'unité nationale qui traverse les régions et les générations.
Mais au fait, c'est quoi exactement l'ACHU ?
Pour les non-initiés, l'Achu ou taro à la sauce jaune est un mets traditionnel originaire du Nord-Ouest du Cameroun, plus précisément de la communauté Bafut.
La recette en quelques lignes :
Des taros et bananes plantains pilés jusqu'à obtenir une pâte grisâtre
Une sauce jaune onctueuse à base d'huile de palme rouge, de sel gemme (kanwa) , d'épices, de champignons et de viande
Le secret de sa couleur iconique ? L'huile de palme qui, en se mélangeant aux autres ingrédients, donne cette teinte dorée caractéristique. Un plat qui se déguste lors des grandes occasions, des cérémonies familiales aux festivités royales.
Pourquoi l'UNESCO ? La bataille des assiettes
L'UNESCO ne reconnaît pas n'importe quel plat. Pour être éligible, une tradition culinaire doit :
Être transmise de génération en génération
Jouer un rôle social et identitaire fort
Représenter un savoir-faire unique menacé de disparition
L'Achu coche toutes ces cases. Il est bien plus qu'une recette : c'est un rituel, un langage, un lien entre les vivants et les ancêtres.
« Le taro sauce jaune est un excellent plat patrimonial qui constitue à ce jour un élément symbolique de l'identité culinaire camerounaise à l'échelle nationale et internationale », soulignent les défenseurs du dossier.
Le Cameroun n'est pas seul sur ce terrain. D'autres pays africains ont déjà fait inscrire leurs trésors culinaires : le tieboudiène sénégalais, la harissa tunisienne, le couscous... L'Achu veut rejoindre ce club très select des saveurs immortalisées.
Un processus long, mais bien engagé
La machine est en marche. Le dossier de l'Achu est à un stade avancé du processus d'inscription. Il figure parmi les dossiers en cours d'évaluation pour le cycle 2026 de l'UNESCO.
Un film intitulé « Achu : an expression of the traditional culinary art of Cameroon » a même été produit pour appuyer la candidature. Le royaume de Bafut, par la voix de Sa Majesté Abumbi II, est résolument engagé dans cette aventure.
Ce n'est pas qu'une question de prestige. Une inscription à l'UNESCO, c'est :
Une protection internationale contre l'appropriation culturelle
Un levier touristique et économique puissant
Une reconnaissance qui valorise les communautés porteuses de la tradition
Le défi : concilier authenticité et mondialisation
Mais attention, la route est semée d'embûches. La reconnaissance UNESCO peut parfois figer des traditions vivantes, les transformant en spectacle folklorique. Comment préserver l'authenticité de l'Achu tout en le rendant accessible au monde entier ?
Les puristes s'inquiètent déjà : verra-t-on un jour des versions « light » ou « vegan » de l'Achu dans les restaurants branchés de Paris ou New York ? La question est légitime. Le patrimoine immatériel est vivant par définition, il évolue, s'adapte, se réinvente. L'équilibre est fragile entre préservation et innovation.
Et vous, l'Achu mérite-t-il sa place à l'UNESCO ?
Au-delà du débat, une chose est sûre : l'engouement autour de cette candidature témoigne d'un appétit croissant pour la valorisation des cultures africaines. Après des décennies d'effacement, les traditions culinaires du continent reprennent leur place sur la carte du monde.
Alors, prêt à défendre l'Achu comme vous défendez votre plat préféré ? Parce qu'au fond, inscrire une recette au patrimoine mondial, c'est un peu comme graver son histoire familiale dans le marbre de l'humanité. Et ça, ça mérite bien qu'on en parle autour d'une bonne table.
Et vous, quel plat traditionnel de votre région mériterait, selon vous, une reconnaissance UNESCO ? Partagez en commentaire !